Skip to content Skip to footer

Rapport IPBES Entreprises et Biodiversité 2026 : comment les entreprises peuvent-elles agir face au déclin de la biodiversité ?

La perte de biodiversité est l’une des menaces les plus graves pour les entreprises » a déclaré Stephen Polasky, corapporteur du dernier rapport de l’IPBES « Entreprises et Biodiversité.

Souvent décrit comme le « GIEC de la biodiversité », l’IPBES pour « Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services » est un organisme intergouvernemental indépendant composé de plus de 150 gouvernements membres. Créé en 2012, il fournit aux décideurs politiques des évaluations scientifiques objectives sur l’état des connaissances concernant la biodiversité, les écosystèmes et leurs contributions aux populations, ainsi que des outils et méthodes associés.

Le 9 février 2026 dernier a été publié le résumé pour décideurs du rapport « L’impact et la dépendance des entreprises à la biodiversité et des contributions des populations à la nature » surnommé « Entreprises et Biodiversité » de l’IPBES. Ce rapport se distingue des précédents rapports par son apport opérationnel. En effet, au-delà de rappeler les liens de dépendances et d’impacts des entreprises privées avec la nature, ce rapport évalue les outils de mesure existants et propose plus de 100 actions concrètes pour permettre aux entreprises de dépasser les menaces existantes.

Les 10 messages clés

La biodiversité et sa contribution aux populations sont en train de décliner dans le monde entier mais ce n’est pas une fatalité

Retrouvez les 10 messages clés du rapport ci-dessous : 

Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité et ont un impact sur celle-ci 

Le déclin de la biodiversité est aujourd’hui reconnu dans le monde entier. D’après le précédent rapport de l’IPBES « Evaluation globale de la biodiversité et des services écosystémiques » publié en 2019, 14 des 18 catégories de services écosystémiques sont aujourd’hui en déclin. Les services écosystémiques désignent l’ensemble des bénéfices fournis par les écosystèmes aux sociétés humaines et au vivant, ils peuvent apporter des contributions matérielles, immatérielles ou de régulation.

La majorité des modèles économiques ne sont pas durables et contribuent à ce déclin sans précédent de la nature. Toutes les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur d’activité, dépendent de la biodiversité et ont un impact sur celle-ci. Elles ont la responsabilité d’agir et ont la capacité de devenir des actrices positives du changement.

Les risques liés à la biodiversité ont été classés par le World Economic Forum dans son rapport 2026 sur les risques globaux parmi les risques les plus sévères en termes de fréquence d’occurrence et/ ou de niveau d’impact sur les 10 prochaines années.

Les conditions externes actuelles dans lesquelles les entreprises opèrent ne sont pas adaptées

Les entreprises évoluent dans un environnement qui ne les incitent pas à conserver et restaurer la biodiversité.

En 2023, les flux financiers publics et privés mondiaux ayant eu des impacts négatifs directs sur la nature ont été estimés à plus de 7 300 milliards de dollars par l’IPBES tandis que seulement 220 milliards de dollars ont été consacrés à des activités contribuant à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité.

Plusieurs obstacles peuvent expliquer en partie ces chiffres : les entreprises manquent de données et de connaissances pour quantifier leurs impacts et leurs dépendances, il y a peu de transparence dans les chaînes de valeur et les cycles des entreprises ne sont pas en adéquation avec les cycles écologiques.

L’effort collectif comme solution

Les entreprises ne sont pas seules : des actions sont également nécessaires de la part des gouvernements, des acteurs financiers ainsi que des acteurs de la société civile. En effet, pour créer un environnement propice au changement positif, des évolutions sont nécessaires dans les cadres juridiques et réglementaires mais aussi dans les systèmes économiques et financiers, les systèmes de valeurs, la technologie et les connaissances.

Toutes les entreprises partagent une responsabilité

Parmi les 30% de sociétés cotées en bourse dans le monde qui publient des informations liées à la durabilité, moins d’1% de ces entreprises mentionnent leurs impacts sur la biodiversité. Cependant, en comprenant et en gérant leurs impacts et leurs dépendances, les entreprises peuvent réduire les risques et obtenir des résultats positifs tant pour elles-mêmes que pour la biodiversité. Les risques auxquels les entreprises s’exposent sont variés. Par exemple, une entreprise spécialisée dans la production de papier est confrontée à des risques : d’approvisionnement si les forêts où elle se source perdent leur résilience, règlementaire en cas de durcissement des lois encadrant la déforestation ou encore réputationnel sous l’effet de la pression exercée par les ONG.

Pour cela, elles peuvent mettre en place différents types d’actions en fonction du niveau décisionnel concerné.

Une multitude d’outils

Il existe de nombreuses méthodes permettant aux entreprises de mesurer leurs impacts et leurs dépendances mais chaque méthode a son périmètre et ses limites.

Quelques exemples d’outils :

  • L’outil ENCORE permet de visualiser la manière dont les secteurs dépendent de la nature et l’impactent.
  • Le Diag Biodiversité de BpiFrance, co-financé par l’Office français de la biodiversité (OFB) vise à permettre aux PME de mieux intégrer les enjeux liés au vivant dans leur stratégie, en identifiant leurs dépendances à la nature et leurs impacts sur la biodiversité. Cette initiative s’appuie sur l’outil d’évaluation BIO-ID qui permet de réaliser un premier état des lieux.
  • La Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD), une initiative privée visant à promouvoir la transparence financière pour les risques et opportunités liés à la biodiversité, publie des fiches sectorielles dans lesquelles sont disponibles des matrices de dépendances et d’impacts.
Des méthodes adaptées à chaque contexte

Chaque entreprise doit sélectionner une méthode de mesure d’impacts et de dépendances en fonction de son secteur, du niveau décisionnel et de son objectif stratégique. Plusieurs de ces méthodes peuvent également être combinées selon leur contexte et la finalité recherchée. Par exemple, l’outil ENCORE donne des indications sur les impacts et dépendances vis-à-vis des services écosystémiques et sur l’état des écosystèmes tandis que l’Integrated Biodiversity Assessment Tool (IBAT) renseigne sur les impacts des sociétés sur l’état des espèces tout en leur permettant de visualiser les zones sensibles à proximité de leurs sites.

Des critères de sélection

Afin d’aider les entreprises à choisir la meilleure méthode, le rapport propose trois caractéristiques de base permettant d’évaluer quelles sont les méthodes les plus appropriées pour toute entreprise :

  • la couverture : le périmètre géographique ainsi que l’étendue des impacts et des dépendances inclus ;
  • la précision : la propension de la méthode à ce que les résultats décrivent correctement ce qu’ils sont censés mesurer ;
  • la réactivité : la capacité de la méthode à détecter les changements qui peuvent être attribués aux actions et aux activités de l’entreprise.
L’importance de la science et des communautés locales

Dans un premier temps, collaborer avec la communauté scientifique est essentiel pour mieux connaître l’environnement dans lequel l’entreprise évolue ainsi que ses impacts et ses dépendances.

Dans un deuxième temps, échanger avec des acteurs locaux permet d’être au plus proche des enjeux du terrain. Il existe de nombreux acteurs qui favorisent cet accompagnement local tels que les Agences Régionales de la Biodiversité (ARB) ou les Parcs Naturels Régionaux (PNR) de France.

La nécessité de renforcer les connaissances existantes

D’après les auteurs du rapport, il existe toutefois des lacunes évidentes dans les connaissances et leur application concernant en particulier : les données pertinentes pour les entreprises, l’accessibilité et la transparence des données, l’exhaustivité des preuves, l’adoption des méthodes et l’applicabilité des méthodes. Approfondir les acquis sur ces éléments est donc prioritaire, que ce soit par la formation de partenariats avec des instituts de recherche ou encore par l’adhésion à des groupes de travail sur la biodiversité tels que le groupe de travail “Entreprises et Biodiversité” du comité Français de l’UICN.


La création d’un environnement favorable comme cercle vertueux

En conclusion, les conditions actuelles ne sont pas suffisantes pour enclencher les changements nécessaires. Les entreprises ont la responsabilité d’agir en se saisissant des leviers d’actions existants mais la création d’un environnement favorable peut encourager des actions bénéfiques pour les entreprises, la biodiversité et la société.

Au sein de Yélé Consulting, nous sommes convaincus que chacun a un rôle à jouer et qu’il n’est pas nécessaire d’attendre la méthode de mesure d’empreinte biodiversité idéale pour commencer à identifier ses impacts et dépendances et à lancer des actions de conservation de la nature. Par ailleurs, nous pensons que la connaissance de ses impacts et de ses dépendances est cruciale pour rendre son modèle économique soutenable.

Yélé Consulting vous accompagne à chaque étape pour intégrer et préserver la biodiversité : de l’évaluation de vos dépendances et de vos impacts, de la mesure de votre empreinte ou celle de vos projets, à la définition d’une stratégie, d’une feuille de route et enfin, au déploiement d’un plan d’actions avec les outils de suivis adaptés.

——————————————————————————————————————————

Rédactrice : Laura Gorge

Relecteurs : Florian Licari et Rafaelle Jemelen

——————————————————————————————————————————

  1. Union Internationale pour la Conservation de la Nature