Face à la croissance rapide de la mobilité électrique et à l’accélération des exigences de décarbonation, la question du devenir des batteries en fin de première vie devient centrale pour la soutenabilité du secteur énergétique européen. Après une décennie d’utilisation dans les véhicules, les batteries lithium-ion conservent souvent plus que 70% de leur capacité initiale, leur ouvrant la voie à une réutilisation, la seconde vie, dans des applications stationnaires, ou des usages moins exigeants.
La structuration d’une filière de seconde vie offre ainsi des perspectives majeures pour optimiser l’utilisation des ressources, limiter l’extraction de matières premières, réduire l’impact environnemental et soutenir l’émergence d’une économie circulaire innovante. Ce modèle s’impose progressivement comme un levier de souveraineté industrielle et de résilience face aux enjeux géopolitiques, tout en créant de nouvelles opportunités pour l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur des batteries en Europe.
Comprendre la seconde vie des batteries
Les batteries, majoritairement lithium-ion, sont au cœur de la révolution de la mobilité électrique et du stockage stationnaire. Leur fonctionnement repose sur des réactions électrochimiques permettant de stocker et restituer l’énergie, avec des variantes selon la chimie utilisée (LFP, NMC, NCA, LTO), chaque technologie présentant des atouts spécifiques pour la seconde vie.
Le cycle de vie s’organise en quatre grandes étapes :

| Un exemple emblématique de seconde vie concerne les batteries issues de véhicules électriques Renault ZOE (issu du rapport de l’IRIS « L’alliance Européenne Des Batteries ») Renault structure une filière d’économie circulaire autour de ses batteries, de la première vie à la seconde vie, jusqu’au recyclage ENJEUX ET PERSPECTIVES EUROPÉENNES Après plusieurs années d’utilisation automobile, les batteries de véhicules électriques Renault ZOE suivent un parcours en deux étapes distinctes : Étape 1 – Le reconditionnement : Les batteries subissent un audit technique permettant d’évaluer leur capacité résiduelle et l’état de leurs différents modules. Les éléments défectueux sont triés et remplacés si nécessaire. Cette opération prépare la batterie pour un nouvel usage, soit en prolongeant son utilisation automobile (retour à l’usage primaire), soit en l’orientant vers une seconde vie dans des applications stationnaires. Étape 2 – La seconde vie : Une fois reconditionnée, la batterie est intégrée dans un système de stockage stationnaire, c’est-à-dire dans une application différente de l’automobile. Par exemple, elle peut alimenter en électricité un bâtiment tertiaire équipé de panneaux photovoltaïques (projet « Ampere Building »). Le dispositif bénéficie d’un monitoring numérique pour suivre la performance et anticiper l’entretien. |
Le reconditionnement permet d’optimiser leur durée d’exploitation, tout en participant à la limitation de l’extraction de ressources et du volume de déchets, conformément aux principes de l’économie circulaire. À l’issue de cette seconde vie, les batteries intègrent une boucle vertueuse assurant la valorisation complète des matières premières et le développement d’une filière locale européenne apte à répondre aux enjeux de souveraineté et de transition énergétique.

Enjeux stratégiques et freins au développement
Le développement de la seconde vie des batteries est porteur d’opportunités majeures pour la transition énergétique et la souveraineté industrielle européenne, mais il reste freiné par des vulnérabilités structurelles et des incertitudes économiques Ces enjeux sont détaillés par Mob-Energy dans une analyse dédiée à la seconde vie des batteries automobiles en Europe.
L’Europe dépend fortement de la Chine, qui assure aujourd’hui près de 80 % de la production mondiale des batteries lithium-ion et contrôle environ 90 % du raffinage des matériaux critiques (lithium, nickel, cobalt, graphite). Ce déséquilibre expose l’Union à des risques géopolitiques et économiques : ruptures d’approvisionnement, fluctuations de prix et difficulté à concurrencer les batteries neuves asiatiques à bas coût.
Les principaux freins au développement d’une filière locale sont :
- L’absence de standards techniques et de traçabilité harmonisée,
- La compétitivité limitée des batteries de seconde vie face aux produits neufs asiatiques,
- La valeur résiduelle variable des batteries usagées et les incertitudes sur leur durabilité.
Pour relever ces défis, l’Europe doit accélérer son industrialisation, sécuriser l’accès aux matériaux stratégiques et développer des innovations locales tout en structurant une filière circulaire robuste et compétitive. Cette transition s’appuie sur l’alignement des politiques publiques, le développement de gigafactories et la standardisation des processus de reconditionnement et de recyclage, afin de garantir la souveraineté énergétique et réussir la transition vers un modèle circulaire.
Un cadre réglementaire européen renforcé
L’Union européenne a significativement renforcé son cadre juridique avec le règlement 2023/1542, désormais applicable à toutes les batteries sur le marché européen, de la conception à la fin de vie. Celui-ci fixe des objectifs chiffrés de réutilisation (65 % dès 2025, 70 % en 2030 pour les batteries portables et véhicules légers), impose des taux minimaux de contenu recyclé dans les batteries neuves à partir de 2031, et rend obligatoire le passeport batterie (traçabilité numérique, informations environnementales et de maintenance) dès 2027 pour les batteries industrielles de plus de 2 kWh. Cette réglementation vise à structurer et sécuriser la filière, en reconnaissant officiellement la seconde vie ainsi que le remploi et le reconditionnement des batteries tout en renforçant les exigences d’information, de responsabilité et de collecte.
Cas d’usages et écosystème de la seconde vie
La seconde vie des batteries ouvre un vaste champ d’applications, avec des usages variés qui valorisent leur capacité résiduelle après le premier cycle automobile. Les principaux usages identifiés sont :
- Stockage stationnaire d’énergie renouvelable : Les batteries reconditionnées sont massivement utilisées pour le stockage et le service aux réseau électrique, notamment dans les bâtiments tertiaires, les infrastructures collectives et les fermes solaires. Exemples : Renault Flins, Ampere Building, ELSA project.
- Alimentation de secours et autonomie énergétique : Utilisation dans les systèmes d’UPS (Uninterruptible Power Supply) pour la sauvegarde informatique, les sites industriels, ou les hôpitaux, permettant de stabiliser localement le réseau et garantir la continuité d’alimentation.
- Petite mobilité et mobilité légère : Les batteries sont réemployées dans les vélos électriques, scooters, trottinettes ou véhicules utilitaires légers, par des entreprises comme Doctibike ou Gouach, apportant une solution économique et durable pour les mobilités urbaines.
- Usage industriel : Maintien de l’autonomie énergétique sur les sites industriels, alimentation de robots, lignes automatisées, caristes électriques ou éclairage intelligent.
- Applications agricoles et off-grid : Stockage local pour l’irrigation, le pompage, ou l’éclairage dans les zones rurales ou isolées sans accès fiable au réseau principal.
L’écosystème français et européen qui se structure autour de ces usages rassemble une diversité d’acteurs :

Perspectives et convictions
Chez Yélé Consulting, la croissance du marché de la seconde vie des batteries est perçue comme l’un des leviers structurants de la transformation énergétique européenne. Les projections de marché 2023–2032 de GMI Insights nous confirment cette dynamique de croissance. Nous pensons que la montée en puissance du stockage local, couplée à la réutilisation des batteries des véhicules électriques, permet de renforcer la résilience des réseaux, d’optimiser l’intégration des renouvelables et de consolider la souveraineté industrielle du continent.
L’Avere-France souligne que le potentiel de capacité secondaire devrait dépasser 200 GWh en Europe d’ici 2030, mais la véritable marche stratégique porte sur l’appropriation locale des chaînes de valeur, la montée en compétence des industriels, et la création de modèles économiques compétitifs et circulaires.
Yélé Consulting encourage ainsi :
- L’accélération de l’innovation dans les procédés de reconditionnement,
- Le développement de filières régionales pour sécuriser l’approvisionnement,
- La structuration de collaborations entre grands groupes, startups et pouvoirs publics pour favoriser l’économie circulaire et le remploi.

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Parlons-en !
Nous restons convaincus que seules des politiques industrielles ambitieuses (fonds d’investissement publics, incitations à la circularité, soutien à la R&D locale) permettront d’ancrer durablement une filière européenne forte, compétitive et exemplaire sur le marché mondial, tout en plaçant la durabilité et l’équité au cœur de la transition énergétique.
Rédacteur : Eliot LEBLEU
Etude de : Eulalie MONTAGUT, Aziz RIHANE, Tony DEMANOU, Eliot LEBLEU
Pilotage : Léa CHEVRY, Maxime SELIER
Sources :
- L’économie circulaire de la batterie du véhicule électrique – Renault Group
- « Enjeux pour l’Europe – seconde vie des batteries automobiles » – Mob-Energy
- « Valorisation des batteries usagées – recycler ou réutiliser » – Techniques de l’Ingénieur
- « Mobilité verte – chiffres clés 2025 » – Bpifrance Le Hub
- « Étude de cas : réutilisation des batteries Zoé – bâtiments Bouygues » – IRIS France
- « Marché européen de la réutilisation des batteries 2023-2032 » – GMI Insights
- « Vies de la batterie du véhicule électrique » – Avere-France