Gouvernance, risques, planification, influence : comment lever les incertitudes qui bloquent la décision d’investir dans les grands projets d’infrastructures ?
En bref
- La bancabilité d’un projet d’infrastructure désigne sa capacité à convaincre des investisseurs de s’engager financièrement, jusqu’à la décision finale d’investissement (FID).
- Les corridors européens sont tracés (235 projets labellisés PCI ou PMI, échéances jusqu’en 2040), mais seuls 9 % des pipelines hydrogène annoncés dans le monde sont en service ou ont un investissement engagé (AIE, 2026).
- Le risque d’échec est moins technique que financier et institutionnel : plusieurs régulateurs, plusieurs actionnaires, interdépendances entre tronçons, et dix ans ou plus entre les premières études et la mise en service.
- Quatre pratiques à tenir dès les phases PRE-FEED et FEED : organiser la gouvernance, cadrer les risques du point de vue des investisseurs, planifier les jalons, convaincre l’écosystème.
- Un projet atteint la FID quand trois incertitudes sont réduites à un niveau acceptable : la demande, les interfaces entre ouvrages, la régulation.
Nouveaux gaz, électricité, rail : les corridors d’infrastructure européens sont tracés, les statuts Projets d’Intérêt Commun (PCI) et Projets d’Intérêt Mutuel (PIM) attribués à 235 projets, les échéances jusqu’en 2040 affichées. Pourtant, à l’échelle mondiale, seuls 9 % des pipelines hydrogène annoncés sont en service ou ont un investissement engagé. Et si le principal risque pour ces projets n’était pas là où on le cherche ?
9 % des pipelines hydrogène annoncés sont en service ou ont un investissement engagé
Source International Energy Agency (IEA)
Les grandes connexions, point dur de la transition
Renforcement des réseaux, développement de nouveaux corridors d’hydrogène, électrification des transports, développement du fret ferroviaire : la transition énergétique suppose de relier des territoires. Les objectifs européens (TEN-E, RED III, RTE-T, AFIR) ont fait de ces infrastructures transfrontalières une condition de réussite de la décarbonation de nos économies. Cela touche particulièrement le secteur industriel avec un besoin concret : les acteurs qui doivent décarboner leurs sites attendent de savoir quand, et à quel prix, ils pourront être raccordés.
Les technologies sont connues, les financements publics existent notamment via la Connecting Europe Facility (CEF), et le statut PCI permet l’accès à des procédures accélérées. Pour autant, pour nombre de projets la décision finale d’investissement (FID) reste à sécuriser.
Le risque d’échec des projets apparait ainsi moins technique que financier et institutionnel dans un contexte où la réglementation de ces nouveaux marchés est encore en train de s’écrire, et les projets doivent avancer avant qu’elle ne soit stabilisée.

Qu’est-ce qui distingue un projet d’infrastructure transfrontalier d’un projet « national » ?
Trois éléments clés se cumulent :
- Plusieurs cadres réglementaires et plusieurs régulateurs. Chaque pays dispose de ses règles et de son calendrier (certification des opérateurs, tarifs, permis…), un projet doit à la fois s’aligner avec ces éléments et gérer leurs interdépendances.
- Plusieurs porteurs de projet et actionnaires qui doivent aligner leurs décisions, partager les risques et les dérisquer ensemble, alors que leurs intérêts ne sont pas toujours identiques.
- Des interdépendances entre segments. Un tronçon n’a de valeur que si le voisin existe au bon moment. Les interfaces (co-complétion, calendriers d’investissement croisés, règles d’exploitation aux frontières…) pèsent ainsi autant que l’ouvrage lui-même.
Ce constat est d’autant plus marqué pour les nouveaux gaz et pour tout marché émergent (transport décarboné…). En effet, il s’écoule dix ans ou plus entre les premières études et la mise en service, ce qui oblige à décider avant que le marché ne soit mature. A cela s’ajoute le cadre réglementaire qui n’est parfois pas fixé et évolue régulièrement. Le porteur de projet décide donc à la fois sous incertitude de marché et sous incertitude réglementaire.
Comment réussir le passage de l’ambition à la décision finale d’investissement ?
Pour sécuriser la décision finale d’investissement (FID) puis la concrétisation du projet, quatre bonnes pratiques sont à mettre en œuvre et à maintenir tout au long des phases amonts (PRE-FEED et FEED) :
La méthode Yélé
- Organiser : la première étape consiste à instaurer une gouvernance et un cadre de travail partagés par l’ensemble des partenaires : répartition des rôles, règles de décision, mécanismes d’arbitrage. Une formalisation par une matrice RACI permet de fixer cette organisation dans le temps. Cette étape s’accompagne du choix du véhicule qui portera le projet, afin d’offrir aux opérationnels comme aux investisseurs un cadre juridique et contractuel clair. Cette phase est également celle où les outils clés sont mis en place (suivi budgétaire et financier, système de gestion documentaire, registre des décisions…)
- Cadrer : il s’agit de se placer dans la perspective des investisseurs. Les risques sont cartographiés par catégorie (revenus, construction, exploitation, réglementaire et juridique, structure financière), chacun étant associé à sa mesure de mitigation. On en déduit les livrables qui démontreront la maîtrise de ces risques, ainsi que l’architecture contractuelle cible au moment de la décision finale d’investissement.
- Planifier : le rétroplanning établit les jalons, les conditions préalables et les indicateurs de suivi, en lien étroit avec les investisseurs. Il intègre les impacts extérieurs au projet (évolutions réglementaires, maturité commerciale, mécanismes de dérisquage) afin de mettre en œuvre des évolutions et correctifs lorsque ces paramètres évoluent.
- Convaincre : une stratégie de communication doit accompagner le projet de bout en bout : structuration d’outils d’influence avec son écosystème (de type alliance), concertation publique, dialogue continu avec les régulateurs, et veille sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la consommation, afin d’éclairer les décisions du projet.
Infrastructures hydrogène : préparer la décision finale d’investissement dès la phase de PRE-FEED.
Le développement de corridors européens de transport d’hydrogène repose sur la capacité à coordonner des projets d’infrastructures transfrontaliers, à aligner des partenaires multi-pays et à structurer leur gouvernance dès les phases amont. Ces enjeux sont essentiels pour sécuriser le passage du PRE-FEED au FEED et préparer la décision finale d’investissement.
Dans le cadre de projets d’infrastructures hydrogène d’envergure internationale, Yélé Consulting accompagne les acteurs du secteur sur plusieurs enjeux clés :
- La gouvernance et la structuration multi-actionnaires : définition d’une organisation commune, structuration en société de projet (SPV) et alignement des partenaires internationaux autour de modalités de décision partagées ;
- La préparation des jalons d’investissement : cadrage des phases amont, construction du planning directeur et définition des livrables nécessaires à la transition vers le FEED et à la préparation de la FID ;
- L’analyse stratégique et de marché : élaboration de notes stratégiques et d’analyses de marché pour éclairer la prise de décision, décrypter les évolutions de la filière hydrogène et identifier les opportunités de développement ;
- La coordination des écosystèmes hydrogène : contribution aux dynamiques d’Alliance et de coopération entre porteurs de projets, opérateurs d’infrastructures, producteurs, consommateurs et partenaires institutionnels, afin de favoriser l’émergence d’un cadre réglementaire, de de-risking, et un marché européen.
Une expertise en pilotage de grands projets d’infrastructure par Yélé à exporter
Les enseignements des corridors actuellement en FEED et PRE-FEED dépassent le seul cas de l’hydrogène en Europe dépassent le seul cas de l’hydrogène en Méditerranée. En Europe, la transition énergétique va multiplier les corridors et les interconnexions, et chaque projet devra répondre aux mêmes enjeux de gouvernance, de risques et de financement pour atteindre la décision finale d’investissement. Capitaliser sur l’expérience des projets précédents, par exemple au travers de learning expeditions entre porteurs de projets, permet de partager les bonnes pratiques et d’accélérer la montée en expertise de chacun.
Hors de l’Union européenne, la logique de bancabilité demeure, mais les leviers diffèrent : cadres réglementaires en construction, financements concessionnels, garanties des bailleurs. La méthode doit donc être adaptée à chaque contexte, comme Yélé le fait en Afrique de l’Ouest (évaluation multicritère d’une extension de réseau au Ghana, étude de viabilité du stockage par batteries au Bénin) et en Europe centrale et orientale (Serbie, Moldavie…). Adaptée au contexte, la démarche reprend les grandes étapes identifiées : organiser tôt la gouvernance, cadrer le projet à partir de la décision d’investissement, puis planifier la trajectoire et convaincre.
Un grand projet d’infrastructure transfrontalier ne se réalise pas parce qu’il est ambitieux ou techniquement abouti, ni même parce que sa gouvernance est en place. Il se réalise lorsque trois incertitudes ont été réduites jusqu’à devenir acceptables pour un investisseur.
La première porte sur la demande : qui transportera quoi, à quel prix, à partir de quand ?
La deuxième porte sur les interfaces : les ouvrages voisins, en amont et en aval, seront-ils prêts au même moment ?
La troisième porte sur la régulation : quelles règles tarifaires s’appliqueront, et comment les coûts seront-ils répartis entre les pays ?
C’est la conviction qui guide notre accompagnement. Nous intervenons en PMO et en structuration de la gouvernance projet afin que les partenaires décident ensemble et dans la durée. Nous structurons la trajectoire qui mène des études de préfaisabilité à la décision finale d’investissement, avec les livrables et les jalons attendus par les investisseurs. Nous coordonnons les interfaces, qu’elles soient physiques, réglementaires ou commerciales, car c’est souvent là que les projets se fragilisent. Enfin, sur des marchés en construction, la stratégie d’influence fait pleinement partie de la gestion du risque. C’est pourquoi nous portons aussi le projet auprès des régulateurs, des futurs clients et des parties prenantes.
Un projet d’infrastructure ne se mesure pas seulement à ce qu’il permet de construire, mais à sa capacité à convaincre d’investir. Et le vôtre, est-il prêt à franchir ce cap ?

Le sujet vous intéresse ?
Parlons-en !
GLOSSAIRE
- PCI : Projet d’Intérêt Commun Statut européen attribué à des projets d’infrastructure considérés comme essentiels aux objectifs énergétiques de l’Union européenne.
- PIM : Projet d’Intérêt Mutuel Statut européen concernant des projets d’infrastructure énergétique présentant un intérêt commun pour l’Union européenne et des pays tiers.
- TEN-E : Trans-European Networks for Energy : cadre européen visant à développer des réseaux énergétiques interconnectés et adaptés aux objectifs de l’Union européenne.
- RED III : Directive européenne relative aux énergies renouvelables, qui renforce les objectifs de développement des énergies renouvelables dans l’Union européenne.
- RTE-T : Réseau transeuropéen de transport : politique européenne visant à développer des infrastructures de transport interconnectées, notamment ferroviaires.
- AFIR : Règlement européen sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs, notamment les infrastructures de recharge et de ravitaillement.
- CEF : Connecting Europe Facility Mécanisme de financement européen soutenant des projets d’infrastructures dans les domaines des transports, de l’énergie et du numérique.
- FID : Final Investment Decision Décision finale d’investissement par laquelle les investisseurs valident l’engagement financier nécessaire à la réalisation d’un projet.
- PRE-FEED : Phase d’études préliminaires d’ingénierie permettant de définir les principales options techniques et les premières estimations de coûts.
- FEED : Front-End Engineering Design Phase d’ingénierie de conception préliminaire détaillée qui précise les choix techniques, les coûts et les conditions de réalisation avant la décision d’investissement.
- Learning expedition : Démarche de partage d’expérience consistant à étudier des projets ou des organisations existants pour en tirer des enseignements applicables à d’autres projets.
- Financement concessionnel : Financement accordé à des conditions plus favorables que celles du marché, par exemple grâce à des taux réduits ou à des durées de remboursement plus longues.
- Garantie des bailleurs : Mécanisme par lequel une institution financière ou un bailleur couvre certains risques afin de faciliter le financement d’un projet.
SOURCES
Commission européenne. (2026). Projects of Common Interest and Projects of Mutual Interest (PCI/PMI) — Selection process and list of projects. Direction générale de l’énergie. Disponible sur : https://energy.ec.europa.eu/topics/infrastructure/projects-common-interest-and-projects-mutual-interest/pci-and-pmi-selection-process_en
International Energy Agency (IEA). (2026). Global Hydrogen Review 2026 — Trade and infrastructure. Paris : IEA. Disponible sur : https://www.iea.org/reports/global-hydrogen-review-2026/trade-and-infrastructure
Commission européenne. (2025). Energy Highways. Commission européenne. Disponible sur : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:52025DC1005
European Climate, Infrastructure and Environment Executive Agency (CINEA). PCI Transparency Platform — Connecting Europe Facility: Energy. Commission européenne. Disponible sur : https://cinea.ec.europa.eu/programmes/connecting-europe-facility/energy-infrastructure-connecting-europe-facility/pci-transparency-platform_en
International Energy Agency (IEA). (2024). Global Hydrogen Review 2024. Paris : IEA. Disponible sur : https://www.iea.org/reports/global-hydrogen-review-2024
European Hydrogen Backbone (EHB). (2023). European Hydrogen Backbone: A European Hydrogen Infrastructure Vision Covering 28 Countries — Implementation Roadmap, Part I. Disponible sur : https://ehb.eu/files/downloads/EHB-2023-Implementation-Roadmap-Part-1.pdf
European Climate, Infrastructure and Environment Executive Agency (CINEA). (2023). CEF Energy 2023: Latest Achievements and Way Forward. Commission européenne. Disponible sur : https://cinea.ec.europa.eu/document/download/f945422d-efb3-4b0b-96ed-dc8da099ae19_en?filename=CEF-Energy-2023%20Latest%20achievements%20and%20way%20forward-web_en.pdf
Banque européenne d’investissement (BEI). (2018). Environmental and Social Standards: Overview. Banque européenne d’investissement. Disponible sur : https://www.eib.org/files/publications/strategies/environmental_and_social_overview_en.pdf